Lettre ouverte des 3 Cris.

Châteauroux, le 29 avril 2020.

Disparaître dans l’indifférence ?

 


La crise sanitaire est exceptionnelle, nul n’avait envisagé un tel cataclysme...


Même si nos petits budgets nous ramenaient souvent à la réalité, nous vivions dans l’euphorie de nos créations, elle effaçait tout, nous rendait invincibles, et nous poursuivions nos projets avec une envie inaltérable.
Aujourd’hui, nous sommes dans le doute et la peur de disparaître.

Avant, nous étions petits. Maintenant, nous sommes invisibles.


Nous avons créé Les 3 Cris en 2017, désireux de monter nos propres spectacles, proposer notre vision du monde, et si nous faisons partie des plus de 6 000 compagnies de théâtre qui existent dans ce pays, nous ne sommes pas parmi les 600 structures soutenues par le Ministère de la Culture.
Nous sommes une jeune compagnie dont le répertoire compte trois créations, une jeune compagnie qui, avec une autre troupe, cogère un lieu d’accueil tout en ayant fondé un festival d’arts vivants. Depuis trois ans, nous menons des Ateliers de Pratiques Artistiques dans un lycée de notre ville. Nous avons également expérimenté la création de théâtres éphémères dans des lieux alternatifs. C’est le projet que nous souhaitons développer tant dans les quartiers qu’en milieu rural.


Nous sommes une compagnie artisanale et le revendiquons.
Nous sommes tous à la fois comédiens, techniciens, cuisiniers, ouvreurs...
Nous le faisons car nous avons envie, envie de croire que la culture est utile et qu’elle peut ouvrir un dialogue.


Dans l’indifférence totale du Ministère de la Culture, nous avons monté toutes ces actions avec le soutien minime de la Ville, du Département et de la Région. Parfois, cela nous révolte. Un minimum de reconnaissance de la part des institutions serait le bienvenu.
Mais peu importe, le public est là, l’envie est là, la demande est là, alors nous continuons avec nos fonds propres.


Là, nous parlons du temps d’avant, du temps où l’on pouvait vivre car les salles étaient ouvertes, permettant aux publics de nous rejoindre pour rire, pleurer, danser...partager !

En cette période si sombre dont personne ne connaît l’issue, comment nos structures non reconnues par les institutions pourront-elles survivre ? Notre salle est fermée depuis le 14 mars, nous ne savons pas si nous pourrons ouvrir à nouveau, et notre festival est annulé : oui, Monsieur Riester, nous avions plus d’un musicien sur scène !


Nos représentations ?
Chaque saison, certaines de nos dates sont au chapeau, dans des lieux alternatifs, ce qui représente une économie non reconnue mais réelle pour la plupart des compagnies comme la nôtre. Ces dates sont toutes annulées.
Que faire ? Demander à des structures qui n’ont pas d’argent de nous payer tout de même ?


Nous vous entendons, vous, en haut, dire que personne ne restera sur le côté.

Mais dites-le plus fort, tout le monde ne vous entend pas !


Dans le cadre d’une programmation financée par la Région Centre-Val de Loire, nous avions vendu une date à une collectivité territoriale : cette date est annulée. Nous demandons à la collectivité la prise en charge des salaires. La réponse est négative : pas de spectacle, pas d’aide de la Région, donc pas de soutien aux compagnies ! Un simple mail de quelques lignes et cinq intermittents du spectacle se retrouvent sans solution.


D’autres nous disent que, peut-être, ils pourront faire un geste, mais nous, on fait quoi ?
On dit à nos salariés qu’on essayera de les aider à payer leurs loyers et leurs factures ? Peut-être ...
Pour une date allez-vous nous dire, ce n’est pas dramatique, pensez donc à toutes nos entreprises, à tous les indépendants !
Nous y pensons, et comme eux, nous travaillons pour la collectivité. Comme eux, nous produisons pour l ‘économie du pays !


Nous sommes dans le noir, nous crions comme des fous, mais personne ne nous répond.


Oui, des aides sont mises en place, mais pas pour des compagnies comme la nôtre. Notre maigre trésorerie a fondu en très peu de temps de plus de 50%. Il va falloir redoubler d’énergie et continuer de plus belle à payer décors et costumes de notre poche pour sauver notre structure ?! Comment mettre en place le chômage partiel au sein de nos compagnies, quand des structures d’envergure nationale n’ont toujours pas réussi à le faire elles-mêmes depuis plus d’un mois ?


Nous nous battons pour amener un autre public jusqu’aux lieux culturels subventionnés. Nous sommes le maillon qui permet à tout un chacun de découvrir la culture. Nous sommes ce maillon qui fait la diversité culturelle de ce pays.

 


       Monsieur le Ministre de la Culture,
       Monsieur le Président de la Région Centre - Val de Loire,

       Monsieur le Président du Département de l’Indre,

       Monsieur le Maire de Châteauroux,


               nous vous le demandons :
 

Que comptez-vous faire pour l’accès aux spectacles vivants dans tous les territoires ?
Que comptez-vous faire pour toutes les compagnies non subventionnées ?
Allez-vous nous laisser mourrir dans l’indifférence totale, ou, pour une fois, tendre l’oreille et prendre le temps de nous écouter ?
La culture se résume-t-elle à des compagnies nationales, à une plateforme virtuelle nous donnant accès, depuis notre canapé en sirotant du Coca, à des ballets de l’Opéra National de Paris ?


               Messieurs, voilà notre CRI de désespoir.

 


Je me promenais sur un sentier avec deux amis. Le soleil se couchait. Tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtais, fatigué, et m'appuyais sur une clôture. Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville. Mes amis continuèrent, et j'y restais, tremblant d'anxiété. Je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers et qui déchirait la nature. (Munch -1892).

 

Niko LAMATIÈRE, Cécilia S & l’équipe des 3 Cris.

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